Tinder, le meilleur du pire (#Brian )

Avril 2017, Brian, le date politique d’avant les présidentielles

Ce coup-ci, c’est le bon. Tu en as marre de ta relation où tu passes toujours en dernier après l’époux-se légitime/le boulot/les vacances/le sport/les potes (rayez la ou les mentions inutiles s’il y en a) (moi y’en a pas) (mais on parle pas de moi) (et on commence pas avec les parenthèses sinon on s’en sort pas). Tu en as marre, donc, disais-je avant d’être grossièrement interrompue par moi-même telle un Desproges de bas étage, et tu réactives ton compte sur ton application de rencontres pour aller choper du mâle en rut.

MATCH

Trois « t’as d’beaux yeux » et deux « tu baises » plus tard, tu fixes un date avec un mec célibataire, qui ne fait pas de fautes d’orthographe et qui a l’air raisonnablement drôle. Tu t’es épilé les gambettes, juchée sur des talons de 8 malgré le rendez-vous dans un quartier à pavés (je vous ai déjà parlé de ma haine des pavés ?), t’as mis de l’ordre dans tes cheveux et un peu plus de noir sur tes yeux et c’est parti, tu y vas.

Tu arrives dans un bar genre bar branché du 19è arrondissement, d’ailleurs n’est-ce pas le canal de l’Ourcq au bout de la rue, mais si, mais si. Ils font des tapas à 200€ les quatre, du vin dégueulasse à 7€ le verre et il y a de la MUSIQUE LAÎVE. Le pied.

LA RENCONTRE

Tu reconnais le beau mec de l’app, assis au comptoir, tu lui souris, il te sourit, il ressemble à sa photo en pas beau, enfin, surtout, en charisme zéro. Vaillamment, tu continues à sourire, ça se trouve il est brillant, ça se trouve il est intelligent, ça se trouve il va te faire rire et te faire grimper aux rideaux jusqu’au lendemain matin. L’espoir fait vivre.

Tu t’approches, tu vas pour lui faire la bise, il a la voix un peu pâteuse et il sent l’alcool. Bon. Bon bon bon bon bon. Il te dit qu’il revient dans cinq minutes, il a oublié un truc chez lui. OK. Il habite à deux minutes. Le mec t’a donné rendez-vous en bas de chez lui. Bon. Bon bon bon bon bon. Tu t’assois sur un tabouret haut, tu commandes un verre de vin qu’on t’amène et qui est dégueulasse comme prévu et tu te dis que tu vas repartir tout de suite. Là. Immédiatement.

Mais en fait t’es trop bien élevée, alors tu restes, et il revient. Bon, finalement, il n’a pas la voix pâteuse, juste un accent un peu anglais, finalement c’est sexy, tu vois, t’as eu raison de rester, c’est sexy les accents, vas-y garçon, continue à parler ? (et tu coches « accent sexy » sur ta liste). Il te raconte un peu sa vie, naissance dans un pays, enfance dans un deuxième, adolescence dans un troisième (tu coches « multiculturel » sur ta liste), tout se passe bien, il parle de son boulot « nan mais je fous rien et ils me payent beaucoup, c’est trop génial » (tu coches « blindé » sur ta liste et essayes de faire taire ta conscience de sale gauchiste), il te dit « nan mais j’ai plein de diplômes, 4 licences, 3 masters, 2 doctorats » (ou l’inverse) (tu coches « pas trop con » sur ta liste), « mais en fait ça veut rien dire les diplômes, ça sert à rien » (tu vas pour cocher « modeste » sur ta liste mais non, là, quand même faut pas déconner) quand soudain « ouais du coup tu vois j’ai 38 ans et c’est la première fois que je bosse »

Ouais, je sais, t’as coché « blindé » sur ta liste mais quand même, là, toi tu fêtes les 13 ans de ta première fiche de paye alors que t’as à peine quitté la vingtaine et le mec te dit qu’il n’a JAMAIS bossé, ça commence à poser problème. Bon. Bon bon bon bon bon. Nan, mais OK, d’accord, le mec vit aux crochets de ses parents depuis 38 ans, tout va bien, ils ont payé ses études et ses clopes depuis 20 ans (VINGT ANS BORDEL) mais bon, OK, y’a des milieux où c’est normal, d’accord, et en plus il a beaucoup voyagé, OK, tu dis rien. Et là, il commence à parler politique.

« Nan mais toi, t’es à gauche, bon, moi aussi, hein, d’ailleurs je vote Macron »

« alors là, je t’arrête tout de suite, Macron, c’est pas la gauche »

« mais si, attends je vais T’EXPLIQUER »

Trois quarts d’heures de discussion plus tard, vous avez même utilisé une table libre pour dessiner un graphique avec « société » en abscisse et  « économie » en ordonnée, y placer les 11 candidats, chacun représenté par un objet différent.

ET APRES ?

Vous vous êtes chamaillés sur l’emplacement de Cheminade (plus ou moins social que Lassalle ?). Sur la pertinence de représenter Marine Le Pen avec un briquet (parce que le briquet était noir). Sur la possibilité de représenter Dupont-Aignan avec un trousseau de clés (« JAMAIS JE LUI DONNE LES CLÉS DE LA FRANCE »). Sur le montant de la pièce de monnaie pour personnifier Fillon (1 centime, le reste il nous l’a déjà piqué).

Les esprits sont échauffés, y’a un groupe de mecs avec des guitares qui ont commencé à jouer, on s’entend plus, tu reprends un verre de vin des fois qu’il se soit amélioré entre temps (non) et vous sortez fumer une clope pour vous rafraîchir les idées.

« Nan, mais tu comprends, moi, de toutes façons, la politique sociale de Macron, je m’en fous. Je bosse dans l’informatique, du boulot y’en a toujours, et super bien payé. Et puis je suis propriétaire de mon appart et mes parents sont pétés de thune alors, bon, je risque rien. »

« Et sinon, tu veux monter ? »

Désolée, mais mon vagin et moi, on a voté une motion de censure.

Anarchie vaincra.

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